Connecter un objet au réseau cellulaire sans dépendre d’un opérateur unique relevait longtemps du parcours d’obstacles. Avec Nova, la société Hologram a présenté ce qu’elle décrit comme le premier modem cellulaire entièrement open source destiné à l’Internet des objets. L’enjeu n’est pas anodin : la connectivité mobile reste l’un des points les plus fermés de l’écosystème des objets connectés. Cet article détaille le fonctionnement de ce modem cellulaire open source pour l’IoT, ses spécifications, ses cas d’usage et les limites à garder en tête, notamment en matière de sécurité.
Nova, un modem cellulaire open source pensé pour l’IoT
Nova se présente comme un modem cellulaire au format USB, conçu spécifiquement pour le développement d’applications liées à l’Internet des objets. Il s’adresse en priorité à la communauté des développeurs, mais son champ d’application s’étend bien au-delà : du bricoleur passionné d’électronique à l’architecte système chargé de prototyper une flotte d’appareils connectés. Au moment de son lancement, l’unité était proposée autour de 49 dollars américains, un tarif d’entrée qui visait clairement à abaisser la barrière d’accès à la connectivité mobile.
La particularité de Nova tient à son ouverture. Le modem est déverrouillé, ce qui signifie que son usage n’est pas cantonné aux cartes SIM maison d’Hologram. Cette logique d’ouverture rejoint celle qui anime de nombreux projets de maison intelligente, où l’interopérabilité entre marques et protocoles conditionne la viabilité d’une installation : pour aller plus loin sur cette philosophie d’assemblage de composants compatibles, notre dossier sur l’intégration fonctionnelle des maisons intelligentes éclaire les bénéfices d’une approche non propriétaire. Côté matériel, Nova a obtenu la certification de l’Open Source Hardware Association, gage que ses plans de conception respectent les principes du matériel libre.
Compatibilité et écosystème logiciel
Le modem est livré avec le SDK Python d’Hologram, une trousse à outils logicielle qui rend la connexion cellulaire bien plus accessible aux ordinateurs monocartes, désignés par l’acronyme SBC pour « single-board computer ». Selon Pat Wilbur, directeur technique d’Hologram, cette compatibilité couvre la famille Raspberry Pi, les cartes BeagleBone, ainsi que les systèmes reposant sur CHIP ou sur Debian. « Le produit est déjà bien accueilli. Il n’existe pas d’équivalent comparable dans l’industrie. Nous avons constaté un intérêt marqué en très peu de temps », déclarait-il à l’époque du lancement.
L’ensemble s’inscrit dans une démarche véritablement libre : les fichiers de conception de Nova comme le SDK Python déverrouillé sont publiés sur GitHub sous licence MIT, l’une des licences open source les plus permissives. Concrètement, n’importe quel développeur peut consulter, modifier et réutiliser le code et les plans matériels, à condition de conserver la mention de licence.
Comment fonctionne ce modem cellulaire open source ?
Au-delà de sa simplicité d’usage, Nova laisse une grande latitude aux profils techniques. Le matériel prend en charge les noms de points d’accès personnalisés, les fameux APN, et permet de contourner l’envoi des données vers le cloud d’Hologram lorsque l’utilisateur ne souhaite pas y recourir. Les développeurs les plus avancés peuvent même piloter le modem directement à l’aide de commandes AT brutes, ce langage historique de dialogue avec les modems, en se passant totalement du SDK fourni. Cette granularité de contrôle distingue Nova des solutions verrouillées, où l’utilisateur se contente le plus souvent d’une couche d’abstraction imposée.
Cette capacité à connecter un appareil au réseau mobile ouvre des perspectives bien au-delà du prototype de laboratoire. Dans le secteur de la santé connectée, par exemple, une connectivité cellulaire autonome permet d’imaginer des dispositifs qui transmettent leurs mesures sans dépendre du Wi-Fi domestique du patient ; notre article consacré à la domotique appliquée aux soins médicaux montre combien la fiabilité du lien réseau est déterminante dans ces usages sensibles. La même logique vaut pour l’équipement domestique : un purificateur d’air, une caméra ou un capteur environnemental gagnent en autonomie dès lors qu’ils embarquent leur propre accès au réseau.
Bandes réseau et options de commande
Au lancement, deux variantes principales étaient proposées dans la boutique en ligne d’Hologram : une version 3G/2G et une version 4G Cat-M, cette dernière correspondant à une catégorie LTE optimisée pour les objets connectés à faible consommation. Une unité prenant en charge le Global LTE Cat-M1 dans sa déclinaison NB, identifiée par la référence de module SARA-R410M-02B, était annoncée comme disponible prochainement. Ces catégories Cat-M et NB sont conçues pour des débits modestes mais une consommation énergétique réduite, ce qui les rend particulièrement adaptées aux capteurs alimentés sur batterie.
| Caractéristique | Détail annoncé |
|---|---|
| Format | Modem cellulaire USB |
| Licence | MIT (plans matériels et SDK Python sur GitHub) |
| Certification | Open Source Hardware Association |
| Bandes | 3G/2G, 4G Cat-M, Global LTE Cat-M1 (version NB annoncée) |
| Pilotage | SDK Python ou commandes AT brutes |
| Tarif d’entrée | Environ 49 $US à son lancement |
Un kit de démarrage et des compatibilités étendues
Pour faciliter la prise en main, Hologram proposait un kit de démarrage en boutique. Celui-ci réunissait une carte Raspberry Pi 3, un modem Nova accompagné de quelques composants de base, ainsi qu’un tutoriel pas à pas guidant l’utilisateur depuis le déballage jusqu’à la première transmission de données. Cette formule clé en main visait à raccourcir le délai entre l’idée et le prototype fonctionnel.
La feuille de route prévoyait par ailleurs un élargissement progressif des compatibilités. Étaient annoncées la prise en charge d’OpenWRT, ce système d’exploitation libre pour équipements réseau, ainsi que le support de cartes comme l’Arduino YUN, le module Tessel, l’Onion Omega et d’autres encore. Plus loin, Hologram évoquait une compatibilité avec Windows 10 IoT Core afin de couvrir l’écosystème des cartes Azure, à l’image de la LattePanda, et l’arrivée de SDK pour NodeJS, C++, Go et d’autres langages. Cette diversité de plateformes répond à un constat simple : l’univers des objets connectés est fragmenté, et un module qui ne dialoguerait qu’avec une seule carte aurait une portée limitée.
Howard Green, alors vice-président du marketing chez Azul Systems, replaçait l’annonce dans une perspective plus large. « Le modèle Nova, combiné à un SDK et à un accès à une connectivité mondiale, modifie à bien des égards la portée de ce qu’était autrefois le modèle M2M, lequel reposait surtout sur des fournisseurs de services de niveau 1 », expliquait-il. Le « M2M », pour machine-to-machine, désigne les communications directes entre appareils ; selon lui, Nova illustre l’évolution naturelle des capacités de connectivité mobile, en permettant aux développeurs de bâtir des prototypes opérationnels à partir de composants prêts à l’emploi, déployables et vérifiables à l’échelle mondiale.
Sécurité de l’IoT : l’ouverture ne dispense pas de vigilance
L’ouverture d’un modem cellulaire au réseau mondial ne va pas sans soulever des questions de sécurité, et plusieurs experts l’ont rappelé au moment de l’annonce. Jusqu’alors, une large part du réseau cellulaire était perçue comme un domaine fermé, observait Xu Zou, dirigeant de ZingBox. « Une solution capable de lever cette barrière perçue peut ouvrir de nouveaux cas d’usage », notait-il. Il tempérait toutefois l’enthousiasme : de nombreux dispositifs IoT ont déjà été conçus avec la connectivité en tête, filaire ou sans fil, ou sont en cours de modernisation pour l’intégrer.
La vraie interrogation, soulignait-il, porte sur la possibilité que ces appareils soient infectés, compromis ou détournés à travers une telle connexion. Si l’open source présente d’indéniables atouts, il n’est pas exempt de failles : la vulnérabilité Heartbleed, qui avait affecté une bibliothèque de chiffrement très répandue, en reste l’illustration la plus citée. « Avec le recours croissant aux objets connectés, l’augmentation des options de connectivité doit s’accompagner d’une attention renforcée à la sécurité », prévenait Xu Zou, regrettant que cet effort sécuritaire tende encore trop souvent à être relégué au second plan. En France, l’ANSSI rappelle régulièrement que la surface d’attaque d’un parc d’objets connectés croît avec le nombre d’appareils exposés au réseau.
Cette mise en garde dépasse le seul cas de Nova. Tout équipement raccordé en permanence à un réseau — qu’il s’agisse d’un capteur industriel ou d’un gadget grand public — élargit la surface exposée aux attaques. Le principe s’applique d’ailleurs à des objets très éloignés de l’industrie : même un appareil aussi anodin qu’un purificateur d’air connecté pour assainir l’air de votre maison mérite qu’on s’interroge sur la robustesse de sa connexion avant de l’intégrer à son réseau domestique. La vigilance ne s’oppose pas à l’innovation, elle la rend durable.
Indépendance vis-à-vis de l’opérateur
L’un des arguments forts d’un modem cellulaire open source tient à son indépendance vis-à-vis d’un opérateur particulier, faisait valoir Howard Green. Hologram a certes développé le matériel, mais l’entreprise se définit avant tout comme une société de connectivité plutôt que comme un fabricant. Cette posture explique le choix du déverrouillage : la valeur ajoutée se situe dans le service réseau mondial, pas dans la vente d’un composant captif.
Du côté d’Azul Systems, le bénéfice était résumé ainsi : « L’open source augmente le niveau de transparence et réduit les risques pour les équipes produit. Dans l’ensemble, le principal avantage du modem d’Hologram, de mon point de vue, est d’accélérer le délai de mise sur le marché. » Un inconvénient potentiel était néanmoins relevé : le passage de cartes standard à des configurations soumises à des objectifs de coûts plus élevés pourrait peser sur certaines équipes de développement, selon le contexte du projet.
Un projet jugé viable par les analystes
Pour Charles King, analyste principal chez Pund-IT, Hologram cherche à tirer parti à la fois de son expertise propre et de technologies déjà standardisées dans l’industrie. À l’image d’autres initiatives open source, l’objectif est d’inspirer développeurs et membres de la communauté afin qu’ils intègrent Nova dans une multitude de produits qui gagneraient à disposer d’une connectivité cellulaire. « Cela s’est révélé difficile par le passé, tant sur le plan pratique que technologique », rappelait Charles King, soulignant le verrou que ce type de solution contribue à lever.
L’approche d’Hologram constitue, selon Azul Systems, un excellent point de départ pour lancer le développement de nouveaux produits, avec une valeur potentiellement sélective pour les services à plus fort volume. « Je m’attends à ce que la communauté des fabricants et les différentes équipes produit, dans des entreprises de toutes tailles, adhèrent à cette idée », anticipait Howard Green, « en construisant des preuves de concept pleinement opérationnelles, suffisantes pour démontrer la validité de nouveaux produits et services liés à l’Internet des objets ». Ce mouvement vers des composants ouverts et abordables rappelle d’autres marchés grand public où la démocratisation technique a élargi les usages.
Reste que la pérennité d’un tel projet dépendra moins de l’engouement initial que de la solidité de son écosystème logiciel, de la maturité de ses garanties de sécurité et de la capacité d’Hologram à maintenir sa connectivité mondiale dans la durée. Avant d’engager un déploiement à grande échelle, il demeure prudent d’éprouver la chaîne complète — matériel, SDK, réseau et protection des données — sur un prototype représentatif, et de se référer aux recommandations en vigueur en matière de cybersécurité des objets connectés.
FAQ — Modem cellulaire open source et IoT
Qu’est-ce que le modem cellulaire open source Hologram Nova ?
Nova est un modem cellulaire USB destiné au développement d’objets connectés. Présenté par Hologram comme le premier modem cellulaire open source pour l’IoT, il est déverrouillé, certifié par l’Open Source Hardware Association, et ses plans matériels comme son SDK Python sont publiés sur GitHub sous licence MIT.
Avec quels appareils Nova est-il compatible ?
Le SDK Python d’Hologram facilite la connexion d’ordinateurs monocartes comme la famille Raspberry Pi, les cartes BeagleBone et les systèmes CHIP ou Debian. La feuille de route annonçait aussi le support d’OpenWRT, d’Arduino YUN, de Tessel, d’Onion Omega, puis de Windows 10 IoT Core et de SDK NodeJS, C++ et Go.
Pourquoi un modem open source pour l’Internet des objets ?
L’ouverture rend le code et les plans matériels consultables et modifiables, ce qui accroît la transparence et raccourcit le délai de mise sur le marché. Le modem étant déverrouillé, il n’est pas lié à un opérateur unique, ce qui laisse aux développeurs le choix de leur connectivité et de leur point d’accès.
Un modem cellulaire open source pose-t-il des risques de sécurité ?
Comme tout appareil connecté en permanence, un objet équipé de ce modem élargit la surface exposée aux attaques. L’open source apporte de la transparence mais n’élimine pas les failles, comme l’a montré la vulnérabilité Heartbleed. Il convient de soigner la configuration réseau et de suivre les bonnes pratiques de cybersécurité de l’IoT.
Comment pilote-t-on le modem Nova ?
Deux niveaux sont possibles. Les développeurs peuvent utiliser le SDK Python d’Hologram, qui simplifie la connectivité cellulaire. Les profils plus avancés peuvent dialoguer directement avec le modem via des commandes AT brutes, en contournant le SDK, et choisir des points d’accès personnalisés pour éviter l’envoi des données vers le cloud d’Hologram.
